20.2.12

Bel-Ami

Il était un peu gêné, intimidé, mal à l'aise. Il portait un habit pour la première fois de sa vie, et l'ensemble de sa toilette l'inquiétât. Il la sentait défectuese en tout, par les bottines non vernies, mais assez fines cependant, car il avait la coquetterie du pied, par la chemise de quatre francs cinquante achetée la matin même au Louvre, et dont le plastron trop mince se cassait déjà.
Ses autres chemises, celles de tous les jours, ayant des avaries plus ou moins graves, il n'avait pu utiliser
même la moins abimée.
Son pantalon, un peu trop large, dessinait mal la jambe, semblaits'enrouler autour du mollet, avait cette apparence fripée que prennent le vêtements d'occasion sur le membres qu'ils recouvrent par aventure. Seul, l'habit n'allait pas mal, s'étant trouvé à peu près juste pour la taille.
Il montait lentement les marches, le coeur battant, l'esprit anxieux, harcelé surtout par la crainte d'ètre ridicule; et, soudain, il apercut en face de lui un monsieur en grande toilette qui le regardait. Ils se trouvaient si près l'un de l'autre que Duroy fit un mouvement en arrière, puis il demeura stupéfait: c'était lui-même, reflété par un haute glace en pied qui formait sur le palier du premier une longue perspective de galerie.
Un élan de joie le fit tressaillir tant il se jugea mieux qu'il n'aurait cru.

Bel-Ami_Maupassant_ folio classique pag.47/48


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